Ioulia Lipnitskaïa : une pirouette en or et un record

Plus jeune championne olympique de l’histoire des Jeux d’hiver, Ioulia est « en piste » pour d’autres médailles et représente à moins de 16 ans un exemple pour sa génération.

Crédit : Photoshot / Vostock-Photo

Anna Kozina, pour La Russie d’Aujourd’hui

Une « tsarine » est née : Ioulia Lipnistkaïa est devenue la plus jeune championne olympique de l’histoire des Jeux d’hiver en remportant à Sotchi l’épreuve de patinage artistique par équipes avec la Russie. Elle avait exactement 15 ans et 249 jours.
Le record appartenait auparavant à l’Américaine Tara Lipinski, qui s’était emparée de l’or à Nagano en 1998 à l’âge de 15 ans et 255 jours. La veille des

JO 2014, Lipinski avait d’ailleurs déclaré dans un entretien au New York Times qu’on pouvait s’attendre à une surprise avec Lipnitskaïa, évoquant plutôt le tournoi individuel féminin où la Russe pourrait remporter l’or qui a toujours échappé à son pays dans cette discipline.

Ioulia Lipnitskaïa porte de nouveaux espoirs russes de médaille sur la glace à Sotchi cette semaine. Crédit : Itar-Tass

Ioulia n’était pas encore née quand Evgeni Plushenko, son partenaire au sein de l’équipe, est devenu pour la première fois champion du monde senior. Il la qualifie de « petit génie ». Double médaillé d’argent aux Jeux olympiques de Lillehammer et Nagano, Elvis Stojko a quant à lui écrit sur son compte Twitter : « Ioulia Lipnitskaïa peut devenir la nouvelle superstar. Elle sera pour beaucoup de gens une source d’inspiration si elle poursuit encore plusieurs années sa carrière dans le patinage artistique » .

Premiers pas

Ioulia est née à Ekaterinbourg, où elle a commencé le patinage artistique à quatre ans. Estimant que sa ville natale ne répondait pas à ses ambitions, elle décide en 2009 de s’installer à Moscou pour s’entraîner chez la jeune spécialiste Eteri Toutberidze. Lipnitskaïa se souvient qu’elle était prête à renoncer à son ambition et à devenir une jeune fille ordinaire au cas où Toutberidze ne l’aurait pas prise sous son aile. Mais elle a été retenue et la formatrice a immédiatement compris que « l’élève » Ioulia avait les capacités de devenir une vraie championne.

Lors de la saison 2011-12, Ioulia Lipnitskaïa a remporté toutes les compétitions juniors auxquelles elle a pris part, dont la finale du Grand Prix et le championnat du monde. L’année suivante, elle gagnait déjà deux étapes du Grand Prix senior, avant de se retirer de la finale : elle s’était ouvert le menton et avait subi une légère commotion à l’entraînement.

Âge de transition           

En 2012, elle commence à connaître des problèmes typiquement liés à l’adolescence : prise de poids et croissance difficile. Sa première monitrice, Elena Levkoviets, se souvient des doutes qui avaient assailli la future championne olympique l’année dernière : « Ioulia ne comprenait pas ce qu’il lui arrivait et ne savait pas quoi faire de ses bras et de ses jambes. De plus, tout ne lui réussissait pas à l’entraînement » .

Qui aurait pu penser que cette jeune fille frêle se battait tous les jours contre son poids ? Toutberidze ne cesse de s’extasier devant la détermination de son élève, surnommée « tantchik » (le petit tank) à l’école de patinage. « Je n’avais jamais vu ça dans ma carrière : elle ne mangeait tout simplement rien. Lorsqu’il faut perdre du poids, elle ne se nourrit que de fibres en poudre pour se donner de l’énergie. Mais elle y arrive, Dieu soit loué. Elle a beaucoup de caractère » .

Pas un seul jour de repos

Dans ses prestations, Ioulia donne l’impression de réaliser avec une facilité déconcertante ses pirouettes à grand écart vertical, pour lesquelles sa note reçoit les degrés de difficulté les plus élevés et un bonus de « +3 ». Mais cette impression est trompeuse.

« Vous savez, il m’arrive souvent de travailler sous tension. Par exemple, si j’arrête complètement l’entraînement, je suis raide comme un bout de bois. Mes muscles cessent tout simplement d’obéir » , soupire la jeune médaillée.

Ioulia est une véritable perfectionniste. Elle peut être mécontente d’elle-même après une victoire indiscutable. Ce fut encore le cas après sa deuxième performance olympique. « Les sauts auraient pu être mieux exécutés et ma dernière pirouette n’a pas été effectuée de la meilleure façon. Je n’arrive pas encore à me pardonner mes erreurs. Cela viendra peut-être avec l’expérience, comme quand Carolina Kostner sourit même après une chute aux championnats du monde » .

Evgeni Plushenko étreint « le petit génie » après la victoire. Crédit : Reuters

Toutberidze est d’accord avec son élève. « Elle doit encore travailler certains aspects. Ioulia s’est énervée au milieu du programme. Mais c’est normal, ce n’est quand même pas une poupée mécanique. Nous tirerons les conclusions de ses performances et corrigerons toutes les erreurs en vue de la prochaine compétition » .

Il s’agira du tournoi individuel qui aura lieu les 19 et 20 février. Pour prendre de la distance par rapport à l’euphorie entourant sa première médaille d’or et se cacher des regards admiratifs afin de s’entraîner tranquillement, Ioulia et son entraîneur sont rentrés le 10 février à Moscou où toute une patinoire était à leur disposition.

Adversaires

Il fallait de la volonté pour passer d’une ambiance olympique festive au silence d’une patinoire et au calme de la vie à la maison. Mais c’est le prix de la préparation pour affronter la concurrence qui attend à Sotchi.

Les adversaires de Lipnitskaïa peuvent en effet tirer profit à la fois de leur expérience et de leurs médailles. C’est le cas de l’Italienne Carolina Kostner, championne du monde 2012 et cinq fois championne d’Europe, ainsi que de la Japonaise Mao Asada, médaillée d’argent aux Jeux d’hiver 2010 et deux fois championne du monde (2008 et 2010), que la Russe a déjà vaincues au tournoi par équipes. Sans oublier la Coréenne Kim Yu-na, championne olympique à Vancouver et deux fois championne du monde, ou encore la Russe Adelina Sotnikova, présente sur le podium du championnat d’Europe 2014 aux côtés de Lipnitskaïa.

Elles ne bénéficieront probablement pas du même soutien du public. « On m’a prévenue plusieurs fois que les spectateurs feraient beaucoup de bruit et qu’on n’entendrait même pas la musique. Dès l’échauffement, partout et tout le temps. J’étais normalement prête pour de telles conditions. Mais je ne pensais pas que ce serait si bruyant. Dieu soit loué, cela m’a aidée, explique Ioulia. L’important est que j’étais bien préparée et que je me sentais bien sur la glace : elle glissait bien, me poussait et était peu friable. J’essaierai de continuer sur cette voie. Je ne pourrai me considérer comme une championne olympique qu’à la fin de toutes les compétitions » .

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